Si jeune et déjà... je voyais le mal partout!
Ceci est ma première B.D. d'homme, j'avais 22 ans.
Mes yeux, encore tendres, encore fragiles, découvraient les horreurs du Chili, d'Espagne, d'Iran, de Chine, et d'ailleurs et d'ailleurs et de partout, presque.
J'écrivais de la poésie blessée, j'ai mis un peu de dessinure autour. (C'était mon époque PILOTE et CHARLIE Mensuel...).
J'avais fait ce travail pour un groupe de BéDéeux qui sortaient un Fanzine à Paris: "Bande à part", ça s'appelait.
Y z'en ont pas voulu. Trop politique pour certains, pas assez pour d'autres, le chat est mal dessiné, pour ceux qui faisaient pas de politique...
Comme aujourd'hui! On veut toujours pas de mon écriture!!! Anormale, pas dans le moule, hors sujet, pas dans la THEMATIQUE, mal-polie, irrespectueuse de l'académisme grammatical... j'en passe et ...
Sûr que je me prépare un bel avenir... posthume...
Si y savaient, tous, la force qu'ils me donnent!
Et comme, précieusement, je garde mes yeux tendres, et fragiles!!!
Où j'aimerais être le CHAT





N’entendez
surtout pas
Les murmures faciles,
N’écoutez pas l’effroi
De ces cœurs qu’on déchire ;
Il est trop de fraudeurs
A mine d’épouvante
Pour arracher des pleurs
Par quelque histoire touchante.
Ne vous attachez pas
A ces yeux éperdus,
Ces sinistres appâts
De pantins corrompus ;
On tire de vos passions
Et pour vous mouvoir
D’estimables frissons
Pour ces enfants de Noirs.
Ne pleures pas de trop
Sur les frêles carcasses
De ces pauvres Négros
Rongés par les rapaces ;
Ne vous étendez pas
Par soucis de pitié
Sur l’étrange trépas
De ces expatriés.
Ne songes plus, amis,
Au sort de ces vulgaires
Dont les membres démis
Ne fonctionnent plus guère ;
Ne prêtez pas l’oreille
Aux gens de ces goulags
Dont les voix sans pareilles
Se griment en jérémiades.
N’usez pas votre esprit
Pour ces quelques pouilleux
Qu’on pend et qu’on étripe
En les rendant à Dieu ;
Perdez cette habitude
De flairer dans les stades
Les sourdes inquiétudes
De ces gens que l’on garde.
Heureux dans la misère,
Se plaisant dans la crasse,
Ils sont pour notre race
Comme un pas en arrière ;
Il faut bien de ces gens
Aux gênes dégénérés
A jamais délivrer
L’Occident triomphant.
Sinistres, présomptueux,
A l’ombre de nos gloires,
Hissant des isoloirs
Nos chers ambitieux,
Voici ce que nous sommes,
Humains de pantomime,
Tissant comme personne
Des couronnes d’épines.
(La version B.D. de ce texte apparait sous le titre « Où
j’aimerais être le chat » et
comporte une variante dans les quatre derniers vers.)
Texte et B.D. Denis Marulaz 1976
Texte déposé SACD/SCALA