lundi, août 11, 2008

"Avec plaisir, monsieur le Poète!"

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Automne 2005 à Forcalquier, où j'habite pour encore quelques mois, se prépare la "Fête du Livre d'Artiste". Je hante depuis deux ans cette petite ville des Alpes de Haute-Provence avec mon chariot tout beau et mes bouquins de bouts de ficelles. Ca fait marrer tout le monde et rares sont mes supporters. Mais il y en a, heureusement.
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J'insiste assez lourdement pour pouvoir participer à cette manifestation haut de gamme et Sophie, une des organisatrices, me demande de présenter un dossier de candidature.
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Alors, à main levée, j'ai gribouillé ça (plus le texte qui suit).
Et l'association "Forcalquier des livres" a eu la gentillesse de m'ouvrir la porte.
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Comme quoi, on peut dire OUI à un simple poète inconnu des hautes sphères! C'est pas plus dur que de dire NON, et ça crée des liens autrement plus sympathiques et constructifs!
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Je vous raconte ça parce que je viens de retrouver ces documents dans un vieux classeur alors que je suis en train de monter un dossier sur mon travail d' "ECRIVEUR".
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Versé au dossier!!!








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"Ça fait cinquante ans que j’ai déboulé dans l’ordre chaotique de l’aventure humaine, alors que j’avais rien demandé à personne, et ça fait cinquante ans que je comprends rien à la règle du jeu puisqu’ y paraît qu’ y en a une (ou des…) on sait pas trop mais on fait tout comme. J’ai fait pendant des années un boulot qui vide la tête et remplit la gamelle puis j’ai largué ces chaînes parce qu’il y a des limites à l’inacceptable et que j’ai qu’une vie et qu’on a pas à me la voler, comme ça, pour une bouchée de pain et même pour plusieurs. Educ, je suis devenu, avec des toxicomanes et des largués de toute sorte. Ça donne à penser, ça donne à comprendre, ça donne à partager et à témoigner et comme j’ai pas ma plume dans ma poche et que des potes théâtreux recherchaient des textes qui parlent de la vraie vie, banco ! ai-je répondu et des pièces sont sorties de mon cœur, pleines de larmes, de rires, de bisous et de coups de pied au cul. Des contes poétiques, aussi, je tricote, qui font pas trop dans la guimauve, si je puis dire, et où, pourtant, on rencontre des gens aux yeux brillants d’amour et des graines qui demandent qu’à germer sous le soleil. Comme j’ai jamais rencontré quelqu’un qui accepte de faire des bouquins avec mon travail d’écriture et que j’ai pas de temps à perdre en vaines sollicitations, je suis passé à l’acte de la fabrication et de la distribution de mes livres. Rencontres théâtrales, fêtes du livre, fêtes de plein de choses, je déambule avec mon présentoir à roulettes et je rencontre avec grand plaisir des tas de gens intrigués par ma démarche autonome. Et par le fait qu'ils se reconnaissent souvent dans mes petits personnages, pas si petits que ça, en somme!"
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mercredi, août 06, 2008

épouvantails aïe aïe aïe!!!

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Dimanche, donc, VIRICELLES, dans la Loire.
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Le village, depuis des années, organise la Fête des épouvantails. On en trouve dans toutes les rues, les jardins, dans la campagne. On sent que tout le monde s'est bien amusé et que c'est rodé.
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De la musique, du chant, un défilé, des buvettes bien chargées... ça tourne.
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Beaucoup de monde aussi.
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Dans la cour de l'école communale, deux "chapiteaux" accueillent le "PREAU LIVRES" qui regroupe une vingtaine d'auteurs et leurs ouvrages. Pas de têtes d'affiche, pas de vedettes.
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La journée est longue, très longue. Ce qui se vend, ce qui attire le lecteur, comme souvent dans ce genre de manifestation de village: le livre de terroir. Attention, pas de n'importe quel terroir: le terroir d'ici!
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Que ce soit ouvrage historique, recueil d'anecdotes, roman, nouvelles, poésie... il faut que ça parle de cheu nous!
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Le reste n'éxiste pas!
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Alors moi, avec mon théâtre qui parle de gamines de la DDASS, de femme maltraitée, de singe battu et de rois débiles, je peux toujours repasser! Même si tout le monde s'accorde à reconnaitre la belle esthétique de mes bouquins.
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Heureusement, une fillette a tilté sur "Y PARLE!!", pièce pour jeunes acteurs et très belle histoire de solidarité. Elle m'a sauvé ma journée et je l'en remercie encore une fois.
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Heureusement aussi, pas d'orage, ce coup-ci, pour ajouter la panique à l'ecoeurement.
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Y faut vraiment que je trouve d'autres débouchés pour mes écrits que ces rencontres où la vraie littérature n'a, en fait, pas sa place.
Vaste programme!!!
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lundi, août 04, 2008

poussière (11)

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« ... L'Homme s'est vu confier, offrir en charge, en responsabilité, l'émancipation, le déploiement à ciel ouvert, de cette force de générosité et d'amour vivant. Il est l'être par qui l'Amour se veut regarder Aimer. Par qui le monde se sait monde vivant.
Mais le miracle a tourné court .
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Parce que la bête humaine concentre son attention exclusivement autour de son propre nombril, à rassasier ses propres appétits, à gérer ses liens au monde dans l'unique satisfaction de sa jouissance.
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L'Homme qui sait désormais ressentir la profondeur de ses envies, de ses ambitions, de ses frustrations, de ses jalousies, l'Homme qui croit que lui a été accordé tout droit sur toute chose, l'Homme qui croit, maître de ce monde, pouvoir dévorer la chair de la Terre à pleines ventrées, l'Homme délié des limitations instinctives de l'animal, ignorant les équilibres fragiles et nécessaires à la survie de la matière vivante, l'Homme a étendu son empire et son emprise sur la totalité de la surface du globe et sa voracité n'en laisse intacte aucune parcelle.
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L'Homme, avec sa conscience dominatrice sans tabous et sans scrupules, rongé par ses appétits incontrôlables, s'est mis à broyer systématiquement le monde. Tout est mis au pas, tout doit se tordre à sa main, tout doit se plier à son service, à sa volonté, à sa jouissance.
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La Conscience d'être est devenue, en l'Homme, Conscience de Soi. Là où la Nature devait trouver un « Miroir d'Amour et de Contemplation », elle s'est fracassée dans un anthropocentrisme ravageur et suicidaire.
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Et si encore cette espèce conquérante, impérialiste et dénuée de toute solidarité envers la Nature-Mère montrait les signes les plus espérés et les plus naturels de rapports fraternels, solidaires, protecteurs, constructifs, respectueux entre tous ses membres, on pourrait penser que tout n'est pas perdu, que tout n'est pas si mauvais, qu'il y a encore matière à espérer, on pourrait se dire qu'on est au milieu du gué, que ce qui relie fortement les humains entre eux les réconciliera inéluctablement avec le reste de la Vie !
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Mais ce n'est pas le cas! Le jeu des dominations, des dévorations, des mises au pas, des appétits dévoyés, des broiements de corps et d'esprit, le jeu des invasions, des exclusions, des guerres de territoires, des guerres économiques, tout démontre, depuis l'aurore de l'Humanité que cet animal au cerveau hypertrophié est une espèce maudite, que l'on ne peut s'attendre qu'au pire de sa part et que tout espoir est illusion.
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Qu'attendre d'êtres qui noient leurs frères dans le sang, qui affament sciemment leurs semblables, qui déchiquettent leurs enfants et les envoient au massacre? Qui leur dénient leur droit à la dignité pour en faire les esclaves robotisés de la dictature économique? Qu'attendre d'êtres qui se donnent les outils irresponsables de l'immortalité, de la multiplication exponentielle de sa population? Qu'attendre? Quel espoir nourrir?
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La Conscience universelle a fleuri chez un monstre et le Monde vivant en périra peut-être. Sûrement.
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Je ne traine ma carcasse depuis des ans et des ans que dans cette idée-là et cela me ronge. Me détruit. Mon coeur est plaie ouverte. La honte, le dégoût que m'inspire ma propre appartenance à l'humanité, le sentiment omniprésent de participer, du seul fait de mon humanitude, à un crime contre la Nature, contre la Vie, le sentiment, aussi, d'avoir concouru à transformer un espoir de Symphonie Universelle en criailleries et grondements infernaux, tout cela, je ne puis plus le supporter et j'ai décidé de soulager ma chère planète du poids de ma présence et de rendre un peu de conscience usurpée à la virginité de son enveloppe de matière dévivifiée.
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Je n'ai personne au monde. Il y a longtemps que je ne me donne plus, comme seuls compagnons, que ces braves bêtes de poules, de chats et autres petits coeurs purs qui, sans le savoir et sans prétention, innocemment, sont la vraie beauté de la vie.
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Je les remercie de m'avoir accueilli dans leur univers simple où le bonheur suprême consiste à grignoter les mêmes miettes, à dormir sous le même soleil.
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Je sais, je le reconnais avec plaisir, sincèrement, que parmi les humains, il se trouve des milliers, des millions de gens beaux comme tout, scintillants, généreux, ouverts, fraternels, protecteurs, combatifs, debout.
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Je sais que des mères s'interposent, que des hommes se dressent, que des idées germent et murissent pour des moissons d'utopie. Je sais.
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Ce sera ma consolation.
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Je sais. Mais je crois le combat perdu.
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Je ne suis plus capable que de souffrir et de pleurer.
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Je ne veux plus être un homme. »
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Le vieux vagabond, ancré depuis quelques années aux pierres rongées du cabanon oublié dans un coin de bois en jachère, entouré de quelques poules à moitié déplumées et de trois ou quatre chats indolents, a écrit sa lettre de la pointe grisâtre d'un reste de crayon de maçon sur trois carrés de carton découpés de boites de nouilles vides.
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Il a rédigé son message d'une traite. S'arrêtant juste de temps à autre pour se désaltérer d'une gorgée d'infusion froide.
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Son message sans destinataire.
Son testament sans héritier.
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Message d'un homme seul à une humanité dont il ne veut plus être le fils.
Testament de larmes et de regrets à une humanité qui ne sait lire ni les larmes ni les regrets.
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Le vieux enferme les feuillets dans une boite en fer qu'il a vidée auparavant de sa « collection » de clous rouillés. Il place celle-ci au milieu de la table.
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Il se lève. Fait sortir de la pièce les poules, les chats. S'enferme seul à l'intérieur. De son canif, il descelle un petit carreau de la porte, glisse sa main à l'extérieur et, après un peu de tâtonnement,à l'aveuglette, parvient à fixer à deux pitons préalablement vissés, sur la porte et le chambranle, un cadenas de laiton brillant comme un soleil. Il rentre son bras, rescelle le carreau. Tourne la grosse clé jusqu'au bout de ses deux tours dans la vieille serrure.
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La corde de chanvre pend déjà à la poutre faîtière.
Plus qu'à ôter sa chemise.
Plus qu'à se hisser sur la chaise.
La tête se glisse dans la « cravate ».
un dernier regard sur les rais de soleil qui filtrent entre les tuiles et dans lesquels valsent des milliards de corpuscules irisés.
Il ferme les yeux.
Serrés serrés.
Une larme glisse le long du nez.
Coup de pied.
La chaise bascule.
La corde se tend.
La Loi de la pesanteur fait son oeuvre, sans ciller, sans chercher à comprendre, sans chercher à savoir, toute bête qu'elle est.
Quelques gigotements nerveux.
Un raidissement.
Puis le corps qui lâche prise.
C'est fini.
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D.M.
Texte déposé à SACD/SCALA
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samedi, août 02, 2008

pause campagne

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Salut, amis. Petite pause dans l'ouverture des pages de "POUSSIERE". On arrive au gros morceau de cette nouvelle. Le temps a sa part à l'affaire. Alors...
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En attendant, voici la dernière affiche que j'ai créée spécialement pour le "Festival de l'Epouvantail" de VIRICELLES, dans la Loire, où je me rends demain avec mes bouquins.
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J'espère vraiment que ça ne finira pas comme la dernière fois à BRANGUES, sous un déluge d'eau mouillée et mouillante, si ous voyez ce que je veux dire.
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Mais bon, il y aura des amis, alors!
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mercredi, juillet 30, 2008

poussière (10)

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(Résumé des épisodes précédents: Une petite fille, armée d'un marteau planqué sous son tee-shirt et accompagnée de son labrador et peut-être seul vrai ami, avance dans le sous-bois en direction d'un vieux cabanon abandonné. Sa mère n'aime pas trop ces escapades, mais bon, la petite a besoin de grandir, de se grandir, alors... Puis elle a promis de rapporter des mûres, ces petits fruits de rien du tout qui savent créer des moments de bonheur simple... On en a tant besoin!
Un jour, un homme est passé par hasard dans un coin de pays perdu et il y a pris racine. A l' abris d'un vieux cabanon croulant.
Et la Conscience Universelle, dans cette histoire?
A suivre...)
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« ...... Là où la Conscience, dimension vivifiante constitutive de l'univers, aurait pu atteindre des apogées d'expression de l'Amour, de l'Altruisme, de la Fraternité, de la Sérénité, de la Fertilité, de la Générosité, de l'Universalité, là où la Conscience trouvait enfin l'occasion d'exploser comme Force transcendante de la Morale vivante déchirant pour le meilleur des mondes les peaux encore infranchies de la matière, là où auraient dû germer des générations d'êtres par nature aimants, ouverts, conviviaux, protecteurs, amicaux, reconnaissants, constructeurs de cités radieuses et d'utopies, elle s'éveilla, elle se manifesta, elle germa, elle s'égailla, naïve et innocente, dans la glaise d'une espèce animale sournoise, futée, froussarde.
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L'Humanité historique apparut d'un claquement de destinée, d'une fusion regrettable entre une espèce errante et mal famée au cerveau hypertrophié propre aux échappées mentales inespérées, comme le renard se voit offert le poulailler dont on a oublié de fermer la porte, et une dimension spirituelle assoiffée de fleurir à la matière vivante ... »
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D.M.
Texte déposé à SACD/SCALA/

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vendredi, juillet 25, 2008

poussière (9)

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« Jusqu'à ce que...
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Parce qu'a germé sur notre Terre, sur notre si belle, si miraculeuse planète, une espèce animale différente. Une histoire de volume crânien, de complexité neuronale démultipliée.
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La Conscience a cru trouver dans cette architecture vivante le vecteur d'un déploiement inespéré et porteur de toutes les audaces, de toutes les utopies, de tous les espoirs de fructification. Cette conscience diluée et sommeillant dans chaque atome de l'univers peut enfin franchir la peau du monde de la matière et s'exprimer et se dire, et se regarder, et se partager, et se transmettre, et se ressentir vivre, bouillonner. Au travers de l'Humain, la conscience se sait conscience! Non plus simple moteur anonyme des instincts de propagation et de conservation mais dimension personnelle investie par des individus, espace privilégié du champs social. Désormais, l'animal humain acte en sachant qu'il acte, et donc projette et donc conclut. L'humain semble être sorti de l'animalité pour endosser l'habit du voyageur, de l'acteur, du témoin, du contemplateur... »
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D.M.
Texte déposé à SACD/SCALA.

mercredi, juillet 23, 2008

poussière (8)

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« Un homme blessé dans son humanitude est un homme mort.
Je suis un homme mort.
J'ai passé ma vie à mourir de détresse.
De désespoir.
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Cette dimension de conscience qui demeure en germe dans chaque grain de matière et se tricote intimement aux autres paramètres de l'Univers, fleurit en ondes rayonnantes dans le Vivant. Pour qui sait l'entendre, la symphonie de la conscience universelle jaillit en notes lumineuses, en gerbes colorées, en dégoulinades fraiches, en brumisations vivifiantes, dans le moindre balbutiement de germination. Une musique patiente, forte et sereine, irradie des êtres les plus simples aux plus complexes. Il ne se constitue pas une amibe, un fragile brin d'herbe, un frêle insecte, une vibrillonnante libellule, il ne se développe pas une colonie de lichen, un banc de plancton, une irisation de cellules primaires, un filet gluant d'algues, il n'éclot pas un spore, une poussière de pollen, une trace subtile et envoutante de phéromone, sans que s'étoffe, se densifie, s'illumine, s'affine, l'or de la conscience.
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Des osmoses nées d'interdépendances entre espèces aux jeux sanglants qui découlent des besoins alimentaires, de reproduction et d'envergure de l'espace vital propre à chacune d'elle, de la disparition à tout jamais de branches trop lourdes de l'arbre de vie à l'épanouissement enfin libéré de rameaux jusque-là privés des bienfaits des rayons du soleil, toute l'aventure de la matière vivifiée conduit à l'éruption d'un état lumineux de la conscience. Lumineux et serein, et fécond, et généreux, jusque dans la dent du loup et le venin du serpent.
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Parce que Conscience se conjugue avec Innocence.
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Jusqu'à ce que... ».
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D.M.
Texte déposé à SACD/SCALA.

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vendredi, juillet 18, 2008

poussière (7)

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« -C'est pas juste, c'est dégueulasse! ».
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C'est son mot. Son « Stop! », son « Ça suffit! » à elle. En malpoli, en sauvageonne, en vulgaire, en insupportable bébé grognonne, en infréquentable, en ingérable, comme on se plait à la définir. Par exemple sa maîtresse de l'école:
« -Qu'est-ce qu'elle est malpolie, cette gamine! Ça promet pour plus tard! Si elle parle comme ça devant un patron... ».
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« -C'est pas juste, c'est dégueulasse! ». Tout ce qui la blesse, tout ce qui la froisse. Tout! Et ça en fait, du pas juste et du dégueulasse!
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Elle en voit partout. Chez les adultes, chez les enfants, ses camarades, mille fois par jour à l'école. Rien ne passe, à croire qu'on fait exprès pour l'écoeurer, pour la faire pleurer. Ils savent pas quoi inventer pour pourrir le monde! Pour le rendre laid, imbécile, débile!
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Elle supporte rien, pas qu'on se moque des qui pleurent, des qui jouent gentiment à la poupée, des qui sont drôlement habillés, des qui embrassent leur maman avant de rentrer à l'école, des qui dessinent des petits coeurs pour leur maîtresse avec écrit « je t'aime, métrèsse » autour, des qui ont qu'un parent l'autre on sait pas où qu'il est et alors... des qui font bien attention à leurs belles chaussures neuves et tu vas voir si on va pas t'les rayer, pov' pomme... des qui arrosent les fleurs dans le petit jardin de l'école « - Hé, patate! L'herbe, ça s'arrose pas, ça s'fume! y t'a pas appris ça ton vieux? C'est vrai qu'lui, c'est la picole...»... des qui savent leur leçon, qu'ont fait un super exposé et qu'on traite de lavette, de serpille à bonnes notes, des qui ont apporté leur petit paquet de riz ou de spaguett' pour l'opération de Noël de la Banque Alimentaire, des qui ont soit-disant un tout petit kiki et qui faut leur baisser le pantalon pour voir... des qui ont du mal à prononcer les mots « -Hé! on dit pas gnagnagni gnagnagna, recrache ton dentifrice, t'arriveras mieux à parler! »... des qui des qui des qui...
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Faut pas non plus qu'on touche aux bêtes, aux plantes. Les escargots qu'on brûle au briquet, les vers de terre qui gigotent impuissants dans les flaques de pluie et qu'on découpe avec un petit bâton de peur de se salir! Le petit rat mourant caché derrière une planche et qu'on canarde de caillasses et de mottes de terre, la grosse mouche qu'on a réussi à piéger dans une boite d'allumettes et à laquelle on arrache tout ce qui dépasse en poussant de grands cris d'effroi d'horreur et de plaisir pervers, les calices de tulipe qu'on attrape d'une ferme poignée et qu'on balance comme une volée de confettis, la branche du petit prunier sauvage qu'on casse, qu'on déchire, pour lui voler ses fruits verts , parfaits projectiles pour le jeu de « lance-patates ».
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Alors elle s'emporte, elle insulte, elle frappe, elle balance des coups de pied, des baffes, des mots de granit, des mots de ronces, des mots de coeur outré, révolté.
Et s'abattent les blâmes, les punitions, les lignes cent et cent, les rappels au Règlement, les menaces, les menaces de menaces...
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Et elle se blinde, la petite, et elle se redresse, et elle les regarde de toute sa fierté, et elle refuse de baisser les yeux, jusqu'à ce qu'ils brûlent, alors les larmes lui viennent, de brûlure bien sûr, mais aussi de détresse, d'incompréhension, d'écoeurement. Et elle y va, dans le coin, comme on le lui ordonne. En maugréant, en serrant les dents, en griffant l'univers de sa révolte :
« -C'est pas juste! C'est dégueulasse! ».
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D.M.
Texte déposé à SACD/SCALA.

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mardi, juillet 15, 2008

poussière (6)


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L'homme était arrivé voilà quelques années, cinq, six? Personne n'aurait su dire exactement. Sac à dos, un soir d'orage méchant. L'avait bu un bol de lait chaud. Lentement, que ça pénètre bien partout, jusque là où ça reste toujours froid, comme du marbre. Dans l'bistro, on y avait juste jeté un coup d'oeil de biais, comme à un chien dans une église, pas de méchanceté, d'ailleurs, juste pour jauger la bête, on sait jamais avec les étrangers... Mais non, celui-là, c'était un simple miséreux, comme il en traine tout le temps dans les campagnes, un errant sans importance.
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Il avait payé son lait et d'une voix douce, fatiguée, timide, il avait demandé « - y'aurait pas un abri, par là , pour la nuit? 'Vec l'orage... ».
La patronne lui avait répondu: Là-bas, à un bon kilomètre, après la croix de pierre, en descendant le bois, pas loin de la rivière... une vieille cabane, sans fenêtre, sans rien, mais le toit en peut-être encore bon état, ça faisait si longtemps qu'elle était pas passée par là... Pis, si il avait pas peur des chauve-souris... Pour une nuit...
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On l'avait revu qu'un bon mois plus tard, pour la Foire. L'avait acheté quatre jeunes poules rouges et un gros pain de seigle. La patronne du bistrot l'avait reconnu :
« -Tiens, les chauve-souris vous ont pas mangé?
- les vieilles carnes, vous savez... ».
Et il avait repris le chemin du bois.
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Mine de rien le petit de la bistrote était venu tournicoter à bicyclette du côté de la croix de pierre et l'on savait maintenant au village que l'étranger s'était installé dans la ruine. Il avait remis des carreaux à la fenêtre vermoulue et quelques tuiles neuves juraient au milieu d'une toiture grise de vieillesse et de lichens.
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Ça avait alimenté les conversations trois ou quatre soirs de suite autour des pastis et du petit marc de pays, on avait entendu des imprécations et de sévères menaces, on avait chanté « Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine... » à une table de vieux dl'a vieille et puis le feu s'était éteint d'autant plus vite que ce cabanon n'appartenait à personne du village.
L'homme, au Cadastre, s'était vu répondre que ce coin de bois appartenait à un vieux Marseillais aujourd'hui décédé et qui avait laissé à ses descendants un testament tellement pourri et vicieux que des années après sa mort, on n'avait jamais réussi à dénouer l'écheveau de ses biens ni à les partager en bonne entente. Les enfants, les petits-enfants s'étaient déchiré comme des chacals et personne ne voulant céder quoique ce soit, le petit coin de bois et son cabanon pourrissaient au gré des caprices de la nature et de la rivière indocile à qui il arrivait de prendre ses aises.
D.M.
Texte déposé à SACD/SCALA.
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samedi, juillet 12, 2008

poussière (5)

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« -Tu vas pas loin, au moins?
-Mais non, j't'ai déjà dit! On va juste dans le petit bois, tu l'vois d'ici!
-Fais attention quand-même, j'aime pas ça!
-Mais qu'est-ce tu veux qu'y m'arrive? Il est là, lui, y m'quitte pas! Pis j'te ramène des mûres, pour l'déssert! A tout', m'man!
-C'est ça, « à tout' »! Sois prudente!
-Oui, oui... Allez, viens, toi!».
Elle va quand-même pas l'attacher à une chaise. L'obliger à faire des dessins ou à tourner en rond dans le petit jardin. Et puis c'est les vacances, faut lui lâcher un peu la bride, la laisser respirer. Oublier un peu les si durs moments de l'année scolaire. Les tensions des derniers mois, ces convocations à l'école, toujours ces problèmes de discipline, d'inattention pendant les cours, de résultats médiocres, de punitions, de révolte, de bras de fer. Et pourtant, elle l'aime, cette petite, ce petit diable ébouriffé, avec ses grands yeux si profonds, si rieurs, si malins, avec son grand coeur ouvert au chagrin, à la détresse, avec sa façon de vous faire des petites surprises fraiches, généreuses. Comme elle l'aime, comme elle l'aime!
Si seulement il était plus présent, lui, évidemment, ça serait mieux pour la petite. C'est ça qui la déstabilise, pour sûr, cette absence la moitié du temps, ces voyages qui n'en finissent plus, qui le transforment en fantôme, en souvenir de père, en désespoir de père, alors qu'ils ne sont ni divorcés ni rien! Juste un travail comme ça, qui vous vole mari et père à longueur de vie, qui crée du vide, du manque, de la frustration, de l'inachevé, de la détresse, du sentiment d'injustice.
Et Dieu sait pourtant qu'ils s'aiment, ces deux-là, qu'ils se ressemblent! Un coeur grand comme ça, la tête en vadrouille permanente, impossible de les tenir cinq minutes en place, deux tornades! Faut les voir quand ils se retrouvent ensemble! Et par monts, et par vaux, et toujours quelqu'un à aller voir quelque part, et VROUMMM VROUMMM la moto sur les petites routes de campagne. Ça la rend folle la gamine, accrochée à pleines mains à son père, dans l'ivresse du vent, le tournis des virages.
Elle aussi, ça la rend folle. De trouille, elle ne vit plus pendant des heures, elle tremble quand sonne le téléphone. « Ça y est, c'est arrivé! ». Pis non, ils finissent toujours par revenir, VROUMM VROUMM! sous les assauts du chien fou de joie, et eux riant et le visage plein d'odeurs et d'échevellements de vents d'ailleurs.
Vite vite, montrer son beau visage de « Maman » heureuse du bonheur des autres, camoufler les rides d'angoisse, rire au diapason de ces deux enfants, l'un son mari, son homme, l'autre, sa fille, son enfant, leur enfant. Les moments de bonheur sont si rares! Ne jamais les troubler. Jamais.
Après tout, tu as raison, petite, va te promener avec ton chien, va faire tes jeux de piste avec lui dans le bois, va nous cueillir des mûres desserts, des mûres éclaboussures, des mûres noir-à-lèvres, des mûres d'amour simple. Amuse-toi, sois heureuse, Mon Coeur, sois heureuse!

D.M.
Texte déposé à SACD/SCALA

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jeudi, juillet 10, 2008

poussière (4)

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Ça ne s'éteint pas comme une ampoule ou comme une flamme de bougie. Ça change de dimension, ça change de spectre, d'état, simplement. La conscience est intimement liée à la matière qui la supporte, intimement, grain pour grain, complexité pour complexité. Les enchevêtrements s'avèrent inextricables, ça vibre de conserve. Chaque poussière, chaque atome, chaque grain de matière est organe de conscience. Aucun n'échappe. C'est le principe du monde. La conscience est une dimension de l'univers au même titre que celles d'espace et de temps. Dans notre très grande ignorance, nous la supposons attribut exclusif de l'espèce humaine, certains acceptent en pouvoir déceler des traces balbutiantes chez les animaux dits « supérieurs ». Et c'est tout.
Si l'on savait!
D.M.
Texte déposé à SACD/SCALA.

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lundi, juillet 07, 2008

poussière (3)

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La Vie!
La Vie!
La Vie est un immense Pays de menthe et de soleil.

Boire piquant, s'enivrer de fraiches odeurs, mordre au coeur des pommes au sucre, s'encoller le bout du nez et de la langue aux moellosités de la barbapapa.
Plonger en hurlant dans les glaciales embrassades d'une chute d'eau vive, filer, transpercée de vibrations rayonnantes, à la folle course de la moto de papa, cramponnée à pleines mains au cuir fauve, tournebouler, pattes et jambes empêlemelées, avec le gros chien noir sur la pente d'un talus d'herbe grasse, riant, jappant comme des possédés, oublier avec application l'existence du temps, des minutes qui voudraient épingler chaque rire, chaque larme, chaque respiration dans un sinistre écrin de bois noir...

Découvrir le monde, l'ouvrir de tous ses yeux, de tous ses sens, y plonger à pleines mains, malgré la trouille, malgré les répulsions, soulever chaque lourde pierre au bord du chemin, y renifler des traces de passages anciens, de présences mystérieuses...
Et si... Et si...

Que savent-ils du monde, les grands, puisqu'ils ne sont pas restés enfants assez longtemps! C'est qu'il en faut, des vies et des vies d'enfant, pour ouvrir toutes les portes!

Le vrai monde, avec ses continents inconnus, insoupçonnés même, avec ses personnages terribles et féériques, avec ses larmes de diamants et ses sourires d'or fin, avec ses océans rugissants qui happent de leurs bras liquides les étoiles trop proches et trop naïves, le vrai monde, avec ses oiseaux de pur esprit et ses serpents ensorceleurs, avec ses tribus de petits hommes dispensés des lourdeurs ordinaires, le vrai monde ouvre grand ses portes aux enfants clairvoyants.

Là où l'adulte s'esbaudit au spectacle d'une fière ruine, d'un squelette grisâtre d' arbre millénaire, à l'éternel et vertigineux bouillonnement d'une cataracte, à la griffure éphémère d'une étoile filante au coeur du grand silence nocturne, l'enfant, l'homme qui n'a pas encore grandi, qui a gardé intacte encore son intuition, voit dans tout cela des ouvertures secrètes et décrypte des appels de l'au-deça.

D.M.
Texte déposé à SACD/SCALA

samedi, juillet 05, 2008

poussière (2)

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Ce n'est pas donné à tout le monde de découvrir un lieu secret, magique, ça, c'est sûr! Il faut être quelqu'un de spécial, avoir été choisi. Par qui, ça, elle en sait rien, mais elle n'en a jamais douté, elle est à part, pas avec un destin comme les autres, non non, un peu comme une Princesse, les princesses sont pas des filles comme les autres, tout le monde sait ça, et elle aussi est une princesse. En tout cas, une sorte de princesse. Ou une grande découvreuse! Oui, c'est plutôt ça, une grande Aventurière, une espèce de , de, de... de Christophe Collomb femme, une Indiana Jones, mais pour de vrai! « J'm'en moque bien de me faire griffer par ces idiotes de ronces, tu parles si j'ai peur! Quand j'aurai percé le secret, le « Grand Secret », on verra qui c'est la plus forte, les ronces ou moi! ».


Et elle avance courageusement dans ce fouillis buissonneux, la main droite toujours crispée sur le manche de l'outil. Elle n'est plus très loin, elle reconnaît l'arbre tout gris bizarrement penché sur un monticule de ronces noires. Le chien ne joue plus les frelons ébouriffants, il se colle penaud aux pas de la gamine. Depuis le premier jour, il n'aime pas ce coin du bois. Lui aussi sent de l'anormal. Et aussi de l'hostile. Et ça ne lui plait pas vraiment!



D.M.

Texte déposé à SACD/SCALA

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vendredi, juillet 04, 2008

poussière (1)

La petite fille se faufile rapide entre les buissons et les grands arbres voutés. Malgré qu'elle les sache redoutables et sans pitié, malgré sa façon de se déguiser en courant-d'air, elle n'échappe pas aux griffes stupides, bêtement méchantes des ronciers. A croire qu'ils sont l'ossature du monde!

Ça la retient aux cheveux, aux chevilles. Elle tire un bon coup, ça finit par la lâcher, à regret. Un peu fiérote, même, la gamine, de son courage, de ces larmes qui ne font même plus mine d'humecter ses grandes perles bleues.

Du courage, elle en est blindée! Puisé directement à l'indéfectible présence du gros labrador qui l'accompagne, qui l'entortille dans les entrelacs de sa déambulation de renifleur fou. Puisé aussi au bois dur et épais du manche du marteau qu'elle tient serré fort fort au fond de la profonde poche de son jean de garçon manqué.
Avec ces deux-là, sûr qu'elle osera. Aujourd'hui, oui, elle osera!

Et elle saura!

D.M.
texte déposé à SACD/SCALA

mercredi, juillet 02, 2008