Une lumière que tu éteints, une fenêtre
qui s’obscurcit, et c’est le signal de la nuit.
Le Temps qui s’écoulait, tranquille, se
fait lourd et pesant, engluant les objets de sa présence visqueuse.
Les éclairs des enseignes lumineuses,
les cris stridents des klaxons en colère, les apostrophes des passants avinés,
tout devient masse, tout devient plomb.
Tout prend un air écœurant d’éternité et
je me sens alors plongé dans un gouffre d’Infini.
Ah ! Le vertige des heures creuses
où l’on n’a pas sommeil ! Un livre, la radio, le thé brûlant et puis
encore, et puis toujours le regard interrogeant la fenêtre endormie. Dort-elle,
pense-t-elle, lit-elle ?
Elle, Elle, sans rien ni devant ni
derrière, Elle tout court, comme on regarderait une rose sans songer à son
pourquoi, à son comment. Elle, unique préoccupation de mon cerveau, unique
point matériel vivant dans les immensités de l’Espace et du Temps.
Le silence de Elle, le sommeil de Elle,
c’est aussitôt l’extinction de Moi, l’anéantissement de mon être. N’exister pas
pour Elle, c’est n’exister pas du tout.
Il est difficile, il est insupportable
de douter de sa propre existence !
Mon image a-t-elle quelque consistance
dans son cœur ? Si, par hasard ou volontairement, ma silhouette se balade
dans ses souvenirs, que ressent-elle ?
Y a-t-il poursuite de l’image, effort d’imagination, reconstitution de
situation, rappel de mots, ou, au contraire, chasse-t-elle l’image intruse, le
souvenir inopportun ?
Elle, ma chère Elle, j’aimerais tant
exister pour, exister en Toi !!!
Signé
Lui
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Texte et Illustration-Photo D.M. alias Hombre de Nada 1974-2022