lundi, mars 30, 2009

Et si...

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... Et si l'on apprennait aux Hommes à vivre comme s'ils étaient de toute beauté? Alors pourrait fleurir le Monde tant espéré de la Fraternité.
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jeudi, février 05, 2009

MES NOUVELLES CARTES POETIQUES (mine de rien, les Poètes, ça bosse...)

textes extraits de "Vive poussière" et de "l'Amour à barbe blanche..."
textes extraits de "Vive poussière"
textes extraits de "Vive poussière"
textes extraits de "Vive poussière"
textes extraits de "Vive poussière"
cartes poétiques textes illustration réalisation Denis Marulaz
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Pendant que les paravents de papier se résolvent en volutes étouffantes et sournoises, les poètes "debout" travaillent, malgré tout.
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Moi, je pense qu'il est une dimension du Monde que l'on oublie, qu'on ignore, dont on ne sait pas trop quoi faire et qui, si on se mettait à l'explorer et à la libérer, transformerait notre planète de sauvages en creuset alchimique de l'Amour enfin assumé.
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Cette dimension, c'est celle de la Conscience Universelle.
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Vous la découvrirez bouillonnante dans mon dernier bouquin, "Vive poussière".
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C'est à partir de ce texte que j'ai réalisé la collection de cartes poétiques éxposées ici. Et aussi d'un poème de jeunesse, "L'Amour à barbe blanche..." (pour le troubadour)
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Ces cartes sont présentes sur mon stand tous les dimanches matin au "Marché de la Création" à Lyon. Et bien sûr, on peut m'en commander en laissant un message sur ce blog.
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C'est 2 euros la carte. Plus les frais postaux... Prix d'ami pour les commandes de plus de 10 unités.
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A bientôt, j'espère!
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vendredi, janvier 16, 2009

Vu de ras les flaques d'amertume.


  
photo d.m.


Participation de Denis Marulaz à l’atelier d’écriture en ligne sur le thème de la Ville avec François Bon.



Ville-Lumières. Noël J-2. Perspective Zéro.,

Long déroulement d’un fil lisse sans reflets. Ou si peu. Estompé. A perte de vue. Sans horizon. Sans.
Pas de souvenir primal. Plus. Effacé. Comme le reste.
Que le fil qui déroule. Bobine bête. Sans frémissement, sans ondulation, sans vagues, linéaire.
Linéarité têtue, linéarité fade, lisse.
Deux dimensions : Ici, Maintenant. Perspective Zéro.
Ici, maintenant. Sans avant, sans après. Pays de l’abandon. Du dépôt. Tartre de vie.
Fil déroulant sans but, sans justification, juste fil tendu au travers de l’espace.
Et l’homme, au fil de son fil, à la vie glissante et aveugle. Vide. Vide.
 
Dans la fournaise, pourtant, cerné, englué, au feu vif du Monde, de leur Monde.
Leur Monde, celui des autres. Tous les autres.
Vibrillonnant, bruissant, rampant, chenillant, arpentant, cabriolant, carambolant.
Leur Monde grouillant sans répit, à marche forcée, à ventre ouvert.
Le Monde des dentus, des mille crocs, leur Monde de mâchoires, d’appétits, d’assouvissements, leur Monde de gouffres affamés, leur Monde aux yeux fous.
 
Dans leur labyrinthe. Leur labyrinthe aux langages codés.
Tout codé.
De la taille du chien en laisse au claquement des pompes en cuir neuf sur le pavé millénaire. Clignements des paupières, aboiements des klaxons, conjugaison des pierreries et des fards, accents, postures, regards, tout codé, tout, tout est langage, mimiques, interpellations, avertissements, invitations, exécutions.
Remous perpétuel, brassement pulsionnel.
 
Et l’homme, au fil de son fil lisse, errant à la vague des eaux noires du non-Monde.
 
Les cavernes éclatantes de lumières mielleuses, bruissant comme des ruches aux feux d’août. Ca rentre là-dedans à pleines ventrées, les yeux creusés comme des estomacs de sangsues, les envies à fleur d’âme, les consciences ne sont plus que désir, que vouloir, que possession. Avoir. Avoir. Avoir !
 
Arracher à tout prix les strass du Monde et s’en parer de toute l’aire de ses envergures, s’orner du feu de toutes les dorures, s’emmitoufler des peaux rares des bêtes du fond des jungles expirantes – rien à faire des jungles, des bêtes, des expirations ultimes- avoir avoir avoir, paraître, paraître, paraître, briller, briller, briller, s’aveugler soi-même de sa propre prestance, de son propre savoir-paraître, s’hypnotiser à son propre reflet pétillant d’artifices, dissimuler à tout prix sa propre animalité sous d’épaisses couches de poudre aux yeux.
Paraître, acheter, claquer son or sec et orgueilleux au nez des autres. J’achète donc je suis.
 
Et l’homme, balloté au fil de son fil lisse, errant à la vague des eaux noires de la non-lumière.
 
J’ai vu je veux, j’ai vu je veux je veux je veux je…
Pouvoir-vouloir : jouissance, nirvana.
Vouloir- assouvir. Sans restrictions. Le sens-même d’être, de vivre.
 
Direction les cavernes rutilantes, les trésors sine qua non.
Les sacs en papier « High-Class » gonflés d’envies réalisées, à bout de bras, à pleines poignées. Des sacs gorgés, mystérieux, mystiques, débordant de futilités incontournables, indispensables.
Dans les rues dégoulinantes de lumières collantes, des files et des files de fourmis acheteuses aux bras lourds de paquets dorés et aux yeux révulsés sur des fantasmes de possessions, d’assouvissement. Des hordes de fourmis ivres déambulent, de caverne en caverne, de tentation en tentation, croyant à chaque acquisition atteindre les portes du « Vrai Bonheur ».
 
Et l’homme, suivant le fil de son fil lisse, au bord de leur flot rugissant, invisible, néantisé.
 
Les fourmis, claquant des mandibules, des milliards de mots naissent de leurs mastications et s’embrouillent en un fatras assourdissant, discordant, nauséeux, à l’écho de leur vacuité.
 
Il suffirait de cent mots nobles pour refaire le Monde. Cent !
 
Mais pas les mots de leurs mandibules, pas le grinçaillement des fourmis trépanées.
 
« Cicatrisez vos plaies d’envies inassouvies au feu des liqueurs d’acides. Carbonisez vos heures vives au zinc de nos comptoirs aux alouettes ! Que feriez-vous de votre temps, de vos débordantes réserves de temps, si l’on ne les sollicitait à des festins de comble-ennui, de comble-misère ? Jetez vos jours, vos années infertiles, à la fureur débridée des agapes futiles ! Broutez à satiété le foin tendre et molasse du temps perdu. Buvez à veines retroussées les breuvages qui rongent jusqu’à l’os l’organe inutile de votre dignité. Venez en nos antres anesthésier le spleen de vos âmes sourdement anxieuses. »
 
A la marge des squares glauques et des rues tapageuses, l’homme suit le fil de son fil, lisse, sans avant, sans après…
 
Bisness’ men / women, Technico-Commerciaux . Bisness’ men/ women, Technico-Commerciaux.
Cravate, attaché-case, poupées Barbie, gominés, épilés jusqu’à l’âme, éradiqués du bulbe, stylo bandé, portable bourdonnant, lâchés par millions à l’assaut de la société des hommes. Un phylloxéra, la peste des temps modernes. Des hordes incultes, analphabètes, doryphores cravatés déferlant sur la civilisation. Le monde ne sera plus jamais le même : l’Homo-commercialus-cravatus aura tout phagocyté, tout digéré, tout régurgité. Nos enfants apprendront à lire sur des catalogues internet et des brochures publicitaires.
Métro, 7 heures du mat. Mille millions d’incultes à mallette, mille millions de poupées de cire Staraquifiées, prennent leur giclée aseptisée de « 20 mn » ou de « Métro ». Grignotent, aspirent, digèrent les mêmes articles, les mêmes réclames. Formatage. Modelage. Vitrification.
Deux milles millions de têtes, une seule culture, une seule vision, un seul projet : vendre. Vendre. Vendre.
 
Hors de ça, perdu dans quelle sensation d’être étranger à sa propre espèce, l’homme suit le fil de son fil, lisse, monocorde, sans début, sans fin, sans ondulation, sans rien, sans plus rien.
 
Que diront les gens cravatés, les poupées Barbie, quand ils trébucheront au petit matin blême sur le corps du pantin au fil brisé ?
 
Que ça porte malheur de croiser un mort de bon matin ?
 
Qu’on pourrait placer les clochards dans des foyers, que ça fait drôle dans la rue, au milieu des gens normaux ?
 
Qu’y faut espérer que les flics convoquent pas les gens pour témoigner, avec toutes les courses qu’y’a encore à faire pour Noël ?
 
Qu’y fait vraiment froid, la preuve, et qu’y faut que Paul m’achète absolument le beau manteau que j’ai vu chez… ?
 
Que jamais ça m’arrivera à moi, plutôt bosser vingt heures par jour, que finir comme ça… ?
 
Que c’est pas à çui-là que j’aurais pu vendre la « Maison de vos rêves » en trente annuités, canapé similicuir offert par la « Boite » en cadeau de bienvenue?
 
Que « Merde, tu parles d’un cadeau d’anniversaire ! Il aurait pas pu attendre demain ? » ?
 
Que que que…
 
Juste une loque, un pantin désarticulé, tout raide, un fil de vie coupé net, gisant sur le trottoir givré. Un fil sans utilité, tombé là, par hasard, sans avant, sans après, sans histoire visible.
 
La trace de rien.
 
De rien d’important, aux yeux d’un nouveau Monde. D’une nouvelle « Humanité ».
En Ville- Lumières. Noël, J-2.



D.M. Janvier 2009



samedi, janvier 10, 2009

Bêtes du diable, fatalement???

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dessin d.m.
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Comment des humains, au nom d'un soit-disant "Dieu d'Amour et de Paix", peuvent-ils hacher-menu des femmes et des enfants???
Qui osera affirmer que les jours heureux de demain naîtront de ces carnages?
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dimanche, janvier 04, 2009

PALESTINE, l'injustice pour toute Terre




photos d.m.
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Ce peuple dont la terre se dérobe sous les pas à chaque instant hurle à l'injustice depuis des temps et des temps. Peuple à qui l'on compte chaque grain de sable brûlant qu'on lui concède, peuple entassé sur des confettis, peuple cerné de murs dentus, peuple à qui l'on refuse d'être un peuple, c'est à dire une famille humaine sur sa terre cultivée et fertile. Et l'on martyrise ces gens qui se rebellent et demandent leur dû. Qui ne demandent que JUSTICE.

Jusqu'à quand durera ce scandale planétaire?
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mercredi, décembre 31, 2008

Et si c'était pour cette année???

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photo d.m.
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Deux mois muet. Deux mois activement mis en oeuvre pour faire surgir ce travail d'écriture qui me sert de sang et d'oxygène depuis si longtemps et pour combien encore?
Tout est à prendre, là-dedans, suffit juste d'y plonger sans à priori. Avec confiance.
Même si pas " Vu à la Télé!"
Je travaille comme un malade pour refaire mes bouquins, les "relooker".
Je monte une asso avec de jeunes amis pour pouvoir bosser comme animateurs d'ateliers théâtre, écriture, photo, vidéo, fabrication de livres, pour faire vivre LE et mon théâtre... et pour faire "l'éditeur". Avoir le droit de montrer des et mes textes, nom de dieu, faire respecter notre droit de!!!!!
C'est pas gagné mais j'ai le feu au coeur.
Faudra bien qu'on me laisse dire ou qu'on m'enterre vivant!
C'est l'année de la vie ou de...
Souhaitez-moi le meilleur, je me charge du reste!
A mon tour, je vous souhaite les richesses culturelles qui sont le sel de l'existence humaine.
A bientôt!!!
Denis
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Si vous avez encore des cadeaux à faire, n'oubliez pas mes livres! (contactez-moi à dmarulaz@wanadoo.fr)
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mercredi, octobre 29, 2008

VIVE POUSSIERE

photo d.m.

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VIVE POUSSIERE, le livre, vient de sortir. Fabrication maison, comme les autres. Plein d'illustrations. 18 euros.

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mercredi, octobre 22, 2008

comme une trame de quelque-chose...

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photo d.m.
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... entre la Vie et nous, comme si une citadelle s'élevait de toute part et à tout jamais pour faire de notre espèce un peuple sans racines...
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D.M.
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samedi, septembre 06, 2008

Toujours à faire les poussières...






illustrations d.m.
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Dernièrement, j'ai déposé dans ces pages et par épisodes, une nouvelle que vous avez peut-être lue, "Poussière".
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Contrairement à mon habitude, elle était accompagnée de très peu d'illustrations.
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Alors, comme j'ai décidé de mettre ce texte sous forme de petit bouquin "maison" illustré, il a bien fallu que je me remette au gribouillage.
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Voici quelques échantillons qui figureront peut-être dans ce nouvel objet "artisanal".
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Pour mes autres ouvrages, je vous invite à cliquer dans la rubrique "tiroirs" (ci-contre à droite) la ligne "mes livres artisanaux" . Ou, si vous êtes de Lyon et environ, à venir me faire une petite visite le dimanche matin au MARCHE DE LA CREATION, sur les quais de Saône.
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J'aurai plaisir à vous y accueuillir.
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Par ailleurs, j'ai ouvert un blog spécial THEÂTRE sur le site théâtre-contemporain.net/ . Ca s'appelle ENTRE LES MAINS DU VENT. Voir colonne de droite, dans les "tiroirs". Merci d'y laisser un petit "coucou", histoire de montrer que je suis pas complètement abandonné "entre les mains du vent", justement. Merci à vous!
Denis
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mardi, août 26, 2008

tableau de bord de "POUSSIERE"

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poussière (1)
poussière (2)
poussière (3)
poussière (4)
poussière (5)
poussière (6)
poussière (7)
poussière (8)
poussière (9)
poussière (10)
poussière (11)
poussière (12)
poussière (13)
poussière (14)
poussière (15)
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Denis Marulaz
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Texte déposé à SACD/SCALA
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poussière (15 et FIN)

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Marie revoit tout. Le dernier coup du gros caillou rond sur la serrure rouillée, le grand craquement du bois qui cède enfin, la pierre qui tombe, la porte éclatée qu'elle pousse rageusement du pied et ...l'horrible vision.
Juste le temps d'un éclair avant que tout se résolve en un éclatement de poussière qui submerge tout.
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Elle a vu, elle le voit encore, elle le jure dans ses hoquets de larmes nerveuses, ces gigantesques toiles d'araignées omniprésentes, ces cagettes superposées remplies de livres noirâtres, comme une bibliothèque de sorcier, ce manteau en lambeaux et ce vieux chapeau mité pendus à des clous, cette drôle de table avec trois pieds et une caisse en guise de quatrième, recouverte de milliers de granules noirs, du cadavre séché d'un grand rat, et d'une boite en fer dont il ne reste rien de métallique, grande comme la boite des biscuits qu'on grignote à quatre heures, avec le lait chaud, et puis, à droite, au-dessus d'une chaise renversée dont toute la paille a été dévorée par les bêtes, pendu à la poutre tordue par une corde vermoulue, un corps ! un corps, maman! un corps de monsieur tout creusé, tout maigre, avec quelques dents jaunes en guise de bouche, juste quelques petits os retenus par des fils en guise de mains, de pieds, et puis rien, rien que deux trous noirs et profonds en guise d'yeux! Je l'ai vu, maman, je l'ai vu! J'ai juste eu le temps de le voir, de voir tout ça, et c'est tombé! Je te jure, maman, tout est tombé en poudre, en poussière! Les cagettes et leurs livres, les habits, la table, la caisse, le rat et ses crottes, la boite en fer, la chaise, et le monsieur, maman, le monsieur qui est tombé comme un sac de farine noire entrainant avec lui comme des guirlandes de toiles d'araignées, avec un bruit de drap qu'on déchire. Et quand il a touché le sol, sous le choc, toute cette vieille sciure, toute cette farine noire toute cette poussière s'est soulevée, s'est gonflée en un gros nuage gris et m'a sauté dessus pour s'échapper par la porte! J'en ai eu partout, maman, plein la bouche, plein le nez, plein les yeux! Et j'ai toussé, éternué, craché, pleuré, tellement ça me piquait les yeux, et j'en ai respiré, maman, et j'en ai avalé, de cette poussière de toile d'araignée, de cette poussière de rat crevé, de cette poussière de la mort, j'en ai avalé, maman, de cette poussière d'homme pendu!
Je veux pas mourir, maman! Tu crois que je vais mourir?
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Alors, serrant bien fort ce corps convulsé d'enfant terrorisé sur sa poitrine de maman-refuge, il faut lui expliquer, à petits mots tout doux, tout roses, tout rassurants, tout tièdes, que oui, la vie est belle, merveilleuse, fleurie, empapillonnée, pleine de beaux et de moins beaux moments, de couleurs, de chants d'oiseaux, de vent frais et de larmes chagrines, mais que pour chacun ce n'est qu'un passage, mais un long passage, qu'elle n'en est qu'à son début d'histoire de petite fille, que toute sa vie est devant elle, qu'elle a tant de pages à écrire au grand livre blanc...
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Il lui faut expliquer que tout ce qui vit doit mourir un jour, que tout redevient poussière et s'en va, se coulant aux racines des arbustes et des herbes soyeuses, participer aux floraisons prochaines.
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Il faut lui expliquer que la poussière nous cerne en permanence, nous baigne. De quoi, crois-tu, est constituée la poussière dansante sur le fil du rayon de soleil qui s'infiltre, coquin, par la fente du rideau, pour t'amuser, à l'heure de la sieste? D'où provient ce film de poussière que tu m'aides à essuyer d'un chiffon doux sur les meubles du salon? Une vraie mixture de mort et de vivant! Si l'on devait en mourir!
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Il faut lui expliquer aussi que cet homme qu'elle a vu pendu, avant qu'il tombe en poussière, devait être un être malheureux, sensible, blessé par la vie, un homme qui avait dû tellement souffrir! Qui devait se sentir si seul, si abandonné! Cet homme devait être instruit, il lisait des romans, de la poésie, de la philosophie, certainement, ces caisses de livres, dans un vieux cabanon, c'était un signe, ce devait être quelqu'un de bien, un vieux sage... Un homme qui aurait plu à son père, ça, c'est sûr, quelqu'un qui connait le monde, qui le regarde bien en face! Mais ça fait souffrir, Marie, ça fait souffrir. Et un jour, quand on n'a personne avec qui partager, quand, à force de fuir, on est allé trop loin...
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Il t'a effrayée sans le vouloir, parce que tu es arrivée après, bien après son geste, qu'il t'est apparu pendu à sa corde et couvert de toiles d'araignées, mais je sais, mais je suis sûre, que s'il t'avait connue, toi, la petite fille qui aimes tant la nature, les animaux, toi qui te révoltes dès que tu sens rôder l'injustice, toi qui viens en aide de tout ton coeur à tout ce qui souffre, qui est blessé, je suis persuadée qu'il t'aurait adorée, qu'il t'aurait prise comme confidente, qu'il t'aurait appris plein de secrets du monde, qu'il aurait été ton ami. Qu'il aurait oublié ses peines.
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Si tu veux, Marie, on y retournera demain, toutes les deux, avec un gros bouquet de fleurs. Ça leur fait plaisir, aux morts, tu sais, les gros bouquets de fleurs...
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Soudain la petite redresse la tête:
« - Dans la boite! Son secret! Dans la boite rouillée! J'en suis sûre! J'en suis sûre... J'en suis s... ».
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Et, terrassée d'émotion et de fatigue, la petite fille s'abandonne au sommeil dans le chaud de sa mère. Et à ses rêves d'autres mondes, de mondes magiques, de mondes réservés aux regards des enfants innocents encore.
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,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,Fin
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D.M.
Texte déposé à SACD/SCALA.
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