illustration d.m.
« Tu ne me chercherais pas, si tu ne m’avais déjà trouvé » Cette pensée de Pascal reprise par d’autres philosophes et mise en exergue aujourd’hui par Camille sur son blog (voir dans Fil à fil : Lagunedune), me fait réagir (et surtout certains commentaires des visiteurs de ce site). Comme ce commentaire est un peu long et surtout un peu « rentre-dedans », je préfère, par respect et amitié pour elle, le déposer sur l’ « Hombre de nada » dont la vocation est justement d’aborder ce genre de réflexion.
Tout le monde, ou presque, fait comme s’il éxistait réellement un « ailleurs merveilleux » blotti dans dieu sait quelle dimension de l’univers et qui apporterait le « bonheur d’âme » à « cellui » qui le frôlerait par le truchement d’un regard intérieur inspiré et « méditativement » travaillé. C’est la base des religions et du mythe paradisiaque. Or, jusqu’à plus ample informé, l’Homme a les pieds ancrés sur sa planète et ses racines dans la glaise des tâtonnements de l’évolution des espèces. A y regarder de plus près, le « monde rêvé » est l’antithèse exacte de la réalité humaine. On ne peut nous en vouloir : cette réalité est tellement écœurante et dévastatrice pour notre propre regard-miroir… Tout est bon pour échapper au constat d’horreur : les religions, le repliement dans des bulles ou cocons « épargnés », le mysticisme, ou, plus grave, la dissolution utopique du mal de vivre dans la toxicomanie et enfin, pour ceux qui n’ont pas trouvé la voie, le suicide.
Aucun de ces axes de fuite de la réalité, de ces échappatoires, n’a jamais fait évoluer la civilisation dans un sens positif. Je dirais même, au contraire !
Car pendant que les églises de toute sorte bruissent de la ferveur des prières apeurées, pendant que « Sages » et mystiques s’adonnent dans la position du lotus à des pérégrinations nimbulatoires, pendant que des légions de noceurs privilégiés se vautrent honteusement sur la sueur et la misère des crève-la faim, pendant que des millions de minots sans repères constructifs et sans avenir imaginable se fracassent chimiquement un cerveau qui leur fait si mal, pendant qu’une génération vieillissante essaie d’échapper à la normalité naturelle du phénomène de vieillissement et de la mort sous une cataracte de cachetons et d’ampoules miraculeuses, pendant que des milliers et des milliers de nos contemporains tirent à tout jamais sur eux-même le rideau définitif de la disparition volontaire, pendant ce temps-là, la lèpre humaine ronge la planète, Sa planète, et ses propres enfants. Et tous participent à la débâcle : les prieurs, les mystiques, les noceurs, les chimisés…et moi avec.
Tout le monde le sait et n’a de cesse de fuir cette triste réalité.
Ce que l’on cherche, ce que l’Humanité cherche depuis qu’elle a conscience de sa terrible infirmité morale, c’est ELLE-MÊME, EN BEAU !!!
Mais cette infirmité n’est peut-être pas rédhibitoire. Et si elle peut s’imaginer en BEAU, alors, oui, on peut espérer que l’Humanité va se trouver enfin, en grand, en fraternel, en Humain, avec le « H » majuscule, mais pas ailleurs, pas dans les nuages, pas dans les invocations, pas dans les pérégrinations éthérées, pas dans les dissolutions chimiques de la douleur, mais en ELLE, dans une socialisation ouverte à l’autre, une civilisation débarrassée de ses tares économiques et dominatrices.
Mais, m’objecte t-on parfois, « On ne peut pas changer le monde » … Alors… Chacun sa bulle et son moulin à prières pendant que coule, éternel et fougueux, le fleuve du sang des hommes et que s’éteint inexorablement la seule planète viable connue à ce jour.
Ceci dit, la toile de Camille jointe à cette citation de Blaise Pascal est de toute beauté et laisse entrevoir des possibilités de « Libération »
P.S : Jean, pour ce qui est de « Dieu » et de ses « élus, choisis » , je te conseille la pièce décapante de Nicolas Roméas : « Loup entouré de chiens à la tombée du soir ».
Texte versé au jeu du « Grand Tourniquet des Piliers du Temple » , dans les « tiroirs » .