poupée réalisée par une artiste, "Madame Petipatapon" marionnetiste à Forcalquier.
Je vais décrire dans ces lignes ce que j'ai ressenti à la lecture des commentaires concernant le dernier post de Camille sur son blog LAGUNEDUNE. Ce que j'ai ressenti. Mon interprètation des mots déposés là. Si je me suis planté, chacun est bienvenu , bien sûr, à le dire au bas de cette page et dans la longueur qu'il lui plaira. Cela nous permettra de nous mieux connaitre et comprendre, nous qui nous croisons sans nous parler souvent sur des terres pourtant chères à tous.
Dans ce qui vient de se passer sur ton blog, chère Camille, on se retrouve en plein cœur de ce qu’est l’être humain, de ses questionnements et des réponses qu’il se donne.
Les faits : toi, Camille, tu pousses, avec tes mots, tes images, tes interpellations, tes exemples, tes larmes, un cri de détresse face à l’inhumanité de la société « humaine ». Tu es une femme d’aujourd’hui, tu utilises le langage des mots, hors toute sophistication, celui de la photographie, de la musique. Tu es femme d’aujourd’hui, consciente et informée et tu nous prends à témoin.
Tu nous cries que le monde brûle, qu’on va tous y passer si rien ne bouge, que nos préoccupations personnelles sont ailleurs,
(peut- être autour de notre nombril perso…) et qu’on va tous se retrouver « égaux » au jour de la grande cata. Ratiboisés, annihilés.
Moi, dont la respiration quotidienne est de pousser les mêmes cris d’alarme, parce que je sais pas prendre les « distances » qui préservent du « désespoir », je suis tout ouie, d’autant plus qu’on a appris à se « connaître » depuis quelques mois, et que je suis très attentif aux réactions des personnes qui fréquentent la bulle bloguesque qui est une des dimensions de notre « existence » sociétale.
Ce que j’ai constaté depuis le début de mes pérégrinations sur la toile, se reproduit à l’occasion de ton « cri ». De ce cri d’ampleur universelle. Les amis, car ce sont vraiment des amis, qui t’aiment, je n’en doute pas un instant, sentant la blessure, sentant la douleur,
(comment passer à côté ?) s’empressent, maternellement allais-je dire
(même si ce sont des mots d’homme pour certains) de te câliner, de te réconforter, de noyer tes larmes sous des flots de miel et de calmitude. On loue la qualité de ta photo, on admire ton savoir-écrire, et surtout, on s’attèle à te convaincre que tout va s’arranger. Qu’il faut espérer.
Deux arguments m’irritent particulièrement :
- il y a dans ta photo quelque chose de doux, de moelleux, qui nous dit que tu es quand-même dans l’ « ESPOIR » .
- l’ Amour Vaincra !
Le premier de ces arguments reconnaît que, bien sûr, tu traverses une crise,
(ça peut arriver à tout le monde, ma pov’ dame…) que tu t’es un peu égarée dans une espèce de révolte puérile, mais que ça va passer ! que ça va passer ! regarde, on est là, tout va bien, on t’en veut pas, mais la vie est belle, après tout, si on commence à regarder ce qui va pas…
Pour moi, c’est la négation-même de la souffrance, le refus de tout ce qui fait tâche dans le décor quotidien, le refuge dans une résignation « de tranquillité ». On t’aime, Camille, mais nous gâche pas le plaisir… Tu fais de si belles photos d’arbres, de fleurs, de choses tendres… Tu vas pas faire ton « Hombre » quand-même ! Tu es jeune, pleine d’humour et de fougue
(faut voir comme tu t’es payée Stardust…) Et puis, ça t’a peut-être échappé, mais dans ta photo, la vraie Camille transparaît, y’a du velours là-dedans, de la beauté, du pur, du céleste… Tu vois bien
(même inconsciemment) que le monde est beau et patati et patata… Et que tu y crois, que tu sais comme nous que ça va s’arranger, que si on veut on peut, que c’est pas si grave…
Noyer dans le « baume » , qu’il essaient de te. Tellement ils ont la trouille de regarder le monde humain en face. Et qu’ils ont
(en toute amitié, je le répète et je le crois) envie de te posséder dans leur bonne bulle de bien-être. Tu leur apportes tant
(et réciproquement peut-être) quand tu es la douce et romantique Camille…
Il n’y a pas de crime dans ce comportement, bien sûr, mais il faut que chacun sache qu’il est un temps de cris, un temps des larmes
(bien vu, Corinne) . Et que ces temps sont essentiels. Que tout se construira mieux des larmes assumées que des larmes non versées.
Le deuxième argument, « L ‘Amour vaincra », rabâché à l’envi depuis que l’homme a compris qu’il est un animal guerrier, sert de cataplasme à calmer toutes les douleurs, toutes les blessures, tous les prémices de révolte. C’est l’argument suprême des religions qui, voulant tenir à disposition des puissants la masse hagarde et effrayée des manants, renvoie ceux-ci à des avenirs de sucre et de miel même si et surtout s’ ils doivent payer de leur vie la folie de leurs « Maîtres ».
Le problème, c’est qu’il y a une exigence de changement immédiat d’Humanitude et que le slogan nous renvoie à des futurs repoussés depuis des millénaires et inatteignables vu l’état de la civilisation actuelle.
L’échec permanent de cette croyance dans la « force » de l ‘ « amour » vient de ce qu’on ne sait ni ce qu’est l’amour ni ce qu’est l’humanité. Et qu’on ne VEUT PAS LE SAVOIR !
Quand on aura regardé bien en face, pesé, analysé, disséqué, bien honnêtement, sans tabous, partis-pris, injonctions et anathèmes, la réalité de l’humain et ses capacités à « aimer » et toutes sortes de « pouvoir » beaucoup moins sympathiques, on pourra peut-être envisager ce qu’il est possible de bouger avec de l’amour ou autrement.
Jeté tout à trac sur un cri de révolte, comme un voile pudique, ce slogan ressemble à s’y méprendre à une pelleté de sable déversée sur la braise pour faire croire qu’il n’y a rien à voir. A croire que la colère et l’amour seraient des éléments incompatibles, comme le feu et l’eau. Or, or, qu’est la colère sinon l’expression d’un amour entravé, injustement impossible ? Que hurle Camille, sinon qu’elle aimerait tant unir les mots « Bonheur » et « Humanité » et que cela n’est hélas, pas juxtaposable ? En tout cas en l’état des choses ? Et qu’est sa colère, sinon l’appel à tous pour que la fusion puisse enfin se faire ? Etouffer ce cri, cet appel profond, qui n’est pas égoïste mais universel, sous un flot de tendresse, de caresses, de câlins, c’est lui refuser le « droit au cri », c’est une invitation à courber l’échine face à l’ « ordre des choses ». Pour ne pas s’attirer les « foudres » ? Parce que les cris, même les plus justifiés, sont insupportables à notre « repos » ?
Parce qu’il est plus confortable et reposant de lire des mots tendres, des mots « bleus », des mots d’ouverture aux larges horizons évaporés, on demande à la « blessée » de nous tricoter, si possible,
(elle a tant de talent !), ses émotions, ses ressentis, en ces petites phrases mutines, ces petits éclairs vif-argent, dont elle a le secret et qui se prêtent à de si pétillants « jeux de salons littéraires ». Pourvu qu’on n’ait pas à remuer de la boue…
Pour en finir avec le slogan « l’Amour vaincra », je dirais que je suis persuadé que la multitude des gens que nous côtoyons au quotidien sont de braves gens, des êtres pétris d’amour, de tendresse , de vrais frères, de vraies sœurs, pour peu que… Et pourtant, la société que nous formons ensemble est une dégueulasserie sans nom. Tant qu’on n’aura pas formulé de mots
(et ça, c’est notre boulot de poètes, d’artistes !) pour penser le paradoxe, dans toutes ses dimensions, l’amour potentiel cumulé de tous les individus ne fera pas une société d’amour.
Des bulles, des cocons, tout au plus. Mais ça, ça existe déjà. Et tant mieux !
Il y a dans ce texte quelques propos gentiment provocateurs. Il faut prendre ça pour du poil à gratter. Jamais pour de la haine ou du mépris.
Amitié et tendresse à toi, Camille, et mes excuses aux personnes qui se seront senties un peu « bousculées » par ma fougueuse intervention sur « LAGUNEDUNE ».
Texte déposé dans la rubrique
"le jeu du Grand Tourniquet..." dans les tiroirs de droite.